Carnet de voyage décembre 2008/ Janvier 2009
24 Décembre 2008
Départ pour le Maroc…
Nous sommes 7 à partir (peut-être 8 si les assedic daignent finir d’instruire un dossier d’intermittence en attente…) :
2 roulent en auto avec un enfant et de la place pour ramener des bouts de décor de spectacle, les 4 (ou 5 !) autres volent au-dessus des nids d’oiseaux pour atterrir de l’autre côté de la mer…
Nous nous retrouverons tous à Marrakech le premier jour de l’année 2009, plein de toutes ses promesses, surprises, révolutions, résolutions ou prescriptions…
Et puis, si le col de Tizi n’Tichka n’est pas fermé à cause de la neige, ou alors si les routes d’Ifrane et d’Azrou sont praticables, nous rejoindrons notre famille berbère dans la vallée des Roses…
Alors enfin coulera en nous le temps des montagnes,
Où l’on salue ceux qu’on croise, connu ou inconnu,
Où l’on sourit et blague aux enfants qui courent et crient dans le lit de l’oued,
Où l’on passe la nuit à se raconter des histoires serrés autour du feu,
Où l’on chante des chansons berbères en n’y comprenant rien en y comprenant tout,
Où l’on garde toujours de quoi manger pour le fou du village,
Où les chants des oiseaux se mêlent au thé à la menthe,
Où la montagne grandiose a mis toutes ses couleurs même dans l’eau même dans l’air,
Où les enfants sont à tout le monde, promesse des temps qui viennent,
Où les amoureux se chantent leurs louanges d’une crête à l’autre,
Où les nomades font boire leurs troupeaux en même temps que le soleil,
Où parler veut dire sourire,
Où l’ami est le plus doux des présages,
Où l’eau est un trésor qu’on partage…
Bref, nous partons retrouver une façon de vivre qui nous manque ici, et des amis, et une langue si belle, et la montagne qui nous prend dans ses bras…
Nous voulons en chemin glaner des chansons berbères pour notre prochaine création, enregistrer des sons, des onomatopées, croquer, dessiner, photographier et écrire ce qui nous passera par les yeux et les pores de la peau, nous voulons revenir avec un livre collectif de ce voyage.
Il y aura quelques fois pendant ces deux mois de nos nouvelles ici dans ces pages de la merveille technologique qui nous fait nous parler à travers l’univers, alors n’hésitez pas à venir y jeter un coup d’œil de temps en temps, qui sait, vous pourriez en être surpris…
Sachez z’ossi que notre Little Némo, trois ans et demi, tiendra son journal de bord pour raconter ses aventures avec son ami Tarek, et l’envoyer à ses copains d’école, alors si vous voulez le lire, il faut lui demander, peut-être il voudra bien, écrivez-nous un message, on lui fera suivre…
Voilà, nous sommes impatients comme à la veille de tout départ vers des soleils en fête, on pense quand même à vous souhaiter ce que vous voulez pour ce solstice d’hiver qui nous ramène la lumière…
A bientôt sur les routes ou sur les ondes,
N’oubliez pas s’il vous plaît de fêter la vie en vous, et de la propager, on en a bien besoin quand ils sont si nombreux à vouloir nous la faire oublier…
Salam aleikoum, Shalom alekhem,
Hasta luego et hasta la vista,
Inch allah…
15 Janvier 2009
Création Collective 2009
Azul fillam,
Salam aleikoum,
Que la paix soit avec vous...
Pour cette année nouvelle,
que nous puissions inch allah inventer du neuf ensemble,
du neuf séculaire,
comme nous l'avons oublié depuis longtemps déjà...
quelque chose qui fasse que chacune de nos rencontres soit toujours étonnante,
et pourtant tellement évidente...
Aujourd'hui 16 janvier 2009,
nous voilà enveloppés dans les vents de l'atlas,
neige sur la montagne et pluie dans le désert,
un froid peu commun pour le maroc,
0°, personne dehors,
tout le monde serré côte à côte dans les couvertures,
du thé bien chaud pour ne pas refroidir les langues,
la seule chose qu'on fasse dans ces conditions c'est bien parler, chanter, raconter des blagues ou des histoires...
C'est le premier jour (pour nous) de ce froid qui garde tout le monde au creux des murs en terre,
jusqu'à présent il ne faisait pas chô chô,
mais quand même assez pour que les femmes puissent faire la lessive dans la rivière,
que les enfants jouent autour d'elles après l'école,
que les vieux attendent le coucher du soleil adossés aux murs de la mosquée,
que les ados jouent au foot dans le lit de l'oued,
que les ânes traversent l'eau sans broncher,
que les chats se hâtent à franchir le goudron...
Aujourd'hui, personne, walou, mendich...
Même les oiseaux sont dans la maison,
ils tentent de se rapprocher du feu.
Le feu, laafit en berbère, nous avons la chance de pouvoir en faire dans la cheminée,
parce que nos amis ne veulent pas que nous ayons froid,
mais dans la plupart des maisons autour de nous il n'y a pas de feu, sauf un petit foyer pour faire la cuisine,
nous sommes des privilégiés aujourd'hui encore plus que les autres jours...
Nous sommes allés aux portes du désert la semaine dernière, à Merzouga,
et là-bas nous avons salué le soleil qui illuminait les dunes gelées au petit matin...
C'est complètement incroyable...
Ainsi que la pleine lune qui à la mi-nuit nous a illuminé le sable, les lauriers-roses, les palmiers et les dromadaires...
Un voyage dans le voyage...
Aujourd'hui aussi sont repartis nos trois compères, Mutabulos et Takojot, Julie, Grégoire et Jocelyn dans la vie civile,
ils ont passé quinze jours avec nous chez les berbères, nous avons posé les bases d'un livre écrit à douze mains,
et celle du spectacle en création dans nos têtes, nos carnets, et presque dans nos mains...
Nous restons à 4, Takifkift, Tam'ariult, Boulgheïa et Mimoun, c'est à dire Claire, Marion, Tanguy et Little Némo,
dans la douceur des rosiers en hibernation et des fleurs d'amandiers bourgeonnantes...
Inch allah bientôt d'autres nouvelles, et plus tard du thé à la menthe au chaud de nos caravane bretonnes...
A plus tard quelque part !
PS : Si vous voulez faire partie des chanceux qui seront les premiers à avoir un exemplaire numéroté de notre livre du Maroc,
alors souscrivez dès maintenant, c'est pas cher, 10 euros le bon prix d'amis, ça nous permettra peut-être d'éditer le livre sans devoir vendre la chèvre...
A bon entendeur, salut, et pour souscrire envoyez-nous un mail... On vous expliquera la marche à suivre.
PPS : Il va sans dire que les souscripteurs auront droit à moults cadeaux et surprises que les autres n'auront pas...
5 Février 2009
Tempête de neige,
Rideaux de pluie,
Aventure épique et
Gloire aux papas...
Grimpez sur nos ailes pour en profiter, dans cette troisième lettre de voyage, dont le titre serait :
"Des prémisses de l'Afrique jusqu'à cet étonnant parfum d'Europe,
de la Vallée du M'Goun à la ville de Rabat,
il faudrait des bottes d'ogre pour ne faire qu'un seul pas..."
Pour prendre les choses dans l'ordre, voici donc un léger résumé de nos petites aventures marocaines...
Après le départ de nos trois compagnons, nous avons continué, à trois adultes et un enfant,
à prendre le rythme berbère, et toujours avec la pluie, et toujours avec le vent,
et toujours les uns contre les autres le soir pour être au chaud en chantant...
Des chansons berbères nous en avons plein la besace, dont quelques-unes que vous pourrez entendre bientôt,
en direct d'ici-loin sur nos ondes.
Le décor du futur spectacle a quant à lui bien avancé, un peu plus que dans nos têtes, puisque nous en avons la porte,
faite sur mesure par un ferronnier de Tinghir
(prononcez "tinerir", avec d'abord un "r" dur comme un gros rocher, puis un "r" roulé doux comme la pluie quand elle est douce...)
Un ferronnier qui ressemble à Gepetto, pour une porte d'où sortiront des marionnettes en carton, papier mâché et tissu,
moins menteuses que Pinocchio mais plus têtues peut-être que Nasreddine, ou plutôt Djeha comme il s'appelle par ici...
De la montagne encore nous ramènerons chech, tissus, et tachtat, ces étoffes bleues que portent les femmes berbères,
et dont, par de simples noeuds, elles font tout, de la robe au foulard en passant par le baluchon énorme pour porter les fagots sur leurs dos !
Et deux djellabas, faites sur mesure elles aussi, par le tailleur de la route d'Aït Bohaddou, chez les femmes de la famille Taghda...
Tout ça pour un spectacle et deux comédiennes, quelle chance et quel trésor !
Et la conviction profonde que, pour un jour enfin parler simplement et profondément avec toutes ces amies berbères,
Téda, Samira, Touria, Latifah, Fatima, Zahra, Mina, et les autres multiples qui arpentent la rocaille du matin au soir,
pour leur parler enfin sans l'entremise, sympathique mais patibulaire, des hommes,
il nous faut apprendre leur langue, un point c'est tout !
(petit message personnel à tu-sais-qui : j'ai d'ailleurs trouvé à Rabat une grammaire du berbère qui va nous éclairer quelque peu, à bonne entendeuse...)
Et puis notre Princesse KifKif a fini par partir,
elle avait pourtant prié tous les esprits, fantômes et dieux de la montagne, du ciel des nuages et de la terre,
elle leur avait pourtant bien demandé de mettre des mille et des cents de neige et d'embûches sur sa route,
mais non : le col du Tizi n'tichka était bien ouvert, toute la neige bien rangée sur les côtés de la route,
et le soleil à Marrakech a enfin réussi à nous réchauffer les os, voire à nous rougir la face,
et l'avion a même bien voulu s'envoler, quelle outrecuidance, vraiment on s'attendrait à autre chose quand on prend un "low cost" !
Merdre !
Nous n'étions plus que trois, la famille dans son plus simple appareil, Maman Papa et leur petit garçon,
mais le petit chevalier Némo a appelé son pote Jules à la rescousse...
et après la déflagration urbaine nous sommes repartis de l'autre côté du col.
(à six dans la voiture puisqu'à deux ans et demie on a encore besoin de ses parents pour voyager,
et que ça tombe bien, ces parents-là sont aussi des amis, ça facilite les choses !)
Le gros nuage qui assombrissait Marrakech ce matin-là s'est cogné contre l'Atlas,
on en est ressortis indemnes et brillants de soleil,
tout étonnés de voir comme la neige avait fondu en une seule journée sur les flancs du géant de pierre...
Et la vie a coulé, une semaine encore de sourires et de rires et de blagues en berbère,
où tu comprends pas grand-chose mais ça te fait rire quand même,
et tous les jours ton coeur qui se serre parce que tu le sais bien que tu vas finir par la quitter cette vallée, et tous ses gens étonnants,
Et tous les matins "Tanalokt", la vie est belle, et "Artoudou rfittarn", tu marches sur les jambes, et pas sur la tête,
et même le dernier matin et jusqu'aux embrassades d'adieu et de promesses inch allah...
Et tes larmes tu te les gardes, elles couleront toutes seules sur le chemin qui descend, tu pourras les avaler pour adoucir la grosse boule dans la gorge...
Bref, le départ fut émotionnant.
Et le chemin épique,
on n'en revient pas d'être passés,
d'ailleurs ceux qui étaient sur la même route au même moment sont pour la plupart restés bloqués entre deux neiges...
Parce que le matin du départ, (qui fut un dimanche, y'a t'il un lien quelconque, aurions-nous dû partir un vendredi, va savoir ???),
le temps a tourné, le soleil s'en est allé au sud se réchauffer, et le vent et la neige ont repris la place.
Nous avons suivi la vallée de Dadès sans problème, traversé celle du Ziz sans encombres,
et à peine amorcé l'ascension du Moyen-Atlas que la pluie nous a arrêtés pour la nuit,
à Midelt terre du milieu la bien nommée,
pour repartir le lendemain, arrêt obligatoire à 30 km de là dans la ville des restaurants, Zaïda, et ses crêpes msemem de petit-déjeuner délicieux...
C'est là qu'intervient le hasard, la coïncidence ou le destin, appelez-le comme vous voulez, ici ils diraient Mektoub :
tout le monde nous dit à Zaïda que toutes les routes sont fermées à cause de la neige,
qu'il faut attendre au moins deux heures que les chasse-neiges passent,
qu'il y a une route qui passe mais c'est de la haute montagne à route verglacée où les autochtones passent mais pas toi petit breton des îles...
que donc tu prends ton mal en patience comme tout le monde et que tu partiras en même temps que tout le monde quand ça passera inch allah !
Ambiance de port dans une ville de montagne, tout le monde déambule désabusé, petit souk en plein vent, les tentes s'envolent,
la rivière monte à vue d'oeil, elle a doublé depuis que tu es arrivé (c'est bon signe, la neige fond, non ???)
on arpente les ruelles, les enfants commencent vraiment à courir n'importe où, nous on a froid,
quitte à attendre on peut peut-être aller voir les flics qui tiennent la barrière de neige non, ils en sauront un peu plus...?
Et c'est parti, tous les autres rigolent en nous voyant partir tous seuls, les européens qui ne savent pas attendre...
En fait la barrière de neige est à plus de cinquante kilomètres de ligne presque droite de route pourrie pleine de trous et de nids de poule,
plateau désertique plein de pluie.
En fait la barrière de neige est ...ouverte !
(on comprendra plus tard que personne ne la surveille,
puisque ceux qui le font d'habitude sont dans le chasse-neige,
et que ceux qui nous l'ont ouverte l'ont fait pour nous faire plaisir, sous un vent qui les pliait comme des roseaux...)
Donc on passe, tous seuls.
Les autres attendent toujours qu'on les prévien
ne.
On est passés, on est contents, tout va bien qu'on se dit dans nos caboches pendant un ou deux petits kilomètres...
Parce qu'après...
La neige tombe, et moi je n'ai jamais connu la tempête de neige en montagne, même si j'ai grandi à Lille,
ça n'a rien à voir, d'abord y'a pas souvent beaucoup de neige à Lille, faut pas croire !
Alors là, j'ai failli avaler ma langue pour éviter de parler pour pas crier "au secours mais comment on sort de là?"
Parce qu'en fait, la petite pluie tranquille qui s'était gentiment transformée en petite neige débonnaire de bon aloi,
quand on est arrivé un peu plus haut, la petite neige, elle soufflait à 100 kilomètres heure, ou mille peut-être,
c'était tellement fort que même dans la voiture t'avais l'impression qu'elle te piquait,
et tu avances et finalement tu vois plus rien (heureusement c'est pas moi qui conduisais, j'aurais lâché le volant et reculé jusqu'en bas...)
tu vois que du blanc, mais blanc, c'est incroyable comme elle est blanche la neige en fait quand t'es perdue dedans...
Bre
f, Tanguy avançait vaillamment dans la tempête, et nous aussi, bien obligés, dans la même voiture,
les enfants excités à chanter et crier à tue-tête, et puis un peu avant le col, tiens on n'est plus tous seuls, ouf, ah oui mais en fait ils sont bloqués,
et tiens c'est bête ils bloquent la route du coup...
deux voitures marocaines, à propulsion et sans chaînes, trois camions allemands, une autre voiture marocaine devant tout le monde en travers de la route...
Et la neige qui tombe et nous bloque tout retrait arrière aussi...
Pris au piège de notre propre envie...
Les deux gars sortent, Morgane et moi on reste dans la voiture avec les mômes,
de toute façon y'a la sécurité enfants on peut pas sortir...
On se regarde à moitié crispées, tiens on n'a plus d'eau, et pas grand-chose à manger non plus à part 8 kg d'olives,
et t'as pas une balise argos dans tes bagages toi par hasard?
Bon les gars reviennent chercher les chaînes, quelques nouvelles :
"y'a un type coincé devant parce qu'il a pas de chaînes,
mais il va se pousser,
les allemands vont continuer, ils mettent les chaînes, on ferait bien de les suivre non,
après tout c'est des allemands ils s'y connaissent en montagne non ?"
Bon.
Les enfants s'amusent,
sautent partout (enfin, dans la mesure où "partout" est l'intérieur d'une voiture),
ils crient "t'inquiète pas maman de toute façon papa c'est le plus fort", "ouais le mien aussi, t'inquiète pas"...
et les mamans sourient de travers...
"- tu crois que c'est une bonne idée toi de suivre les allemands?
- bon, vaut mieux les suivre qu'être tous seuls dans la neige, au pire ils nous feront une place dans leur camion pour la nuit..."
Les chaînes sont mises, Gilles transformé en bonhomme de neige, la barbe de Tanguy en stalagtites,
et finalement une bonne nouvelle : le chasse-neige est arrivé, très étonné de nous trouver, on n'a rien à faire là,
mais la route derrière lui est praticable avec les chaînes...
On peut sortir !
Petite troupe à 10 à l'heure,
petite tempête en haut du col,
grosse neige tout autour de nous,
quelques genévriers tordus résistants sur les flancs,
et encore c'est le Moyen-Atlas, qu'est ce que ça doit être de l'autre côté, dans le Haut-Atlas !
On comprend mieux ce que voulait dire Ismaïl par " on est enclavé pendant une partie de l'hiver",
pas assez de matériel en ordre de marche pour déblayer la neige sur les trois routes qui mènent à toutes les vallées de l'Atlas,
et très vite elles sont coupées de tout...
Bon, les mamans s'inquiétaient pour rien, 500 mètres plus loin il y a le village de Boulemane,
tout petit mais accueillant, et les enfants qui vont à l'école en bottes de caoutchouc, malgré tout !
Ce qui est drôle, pour la suite, c'est que les barrières de neige sont baissées aux deux entrées du village,
les gardes n'en reviennent pas de nous voir arriver, normalement personne n'aurait dû passer...
Ils nous ouvrent quand même, on traverse le village en se ravitaillant (eau, pain, vache qui rit et sardines au piment en boîte, petit pipi au café du coin, et blablabla...)
et nous voilà re-coincés devant la barrière de neige, il faut attendre le retour du chasse-neige, pour le suivre jusqu'en bas...


Bref, on a fini par arriver à Rabat, en 12 heures au lieu de 6,
la neige de l'autre côté de la montagne s'est transformée en pluie diluvienne,
les rivières pleines à craquer, on s'est demandé si on n'allait pas se faire bloquer par un oued débordant sur la route,
ou par une route cassée par la pluie...
Mais non, les abords de Fés étaient détrempés mais praticables,
verts comme on n'aurait pas cru que ça puisse être ailleurs qu'en Irlande ou en Bretagne...
Et Rabat sous la pluie, on aurait dit l'Europe, déjà...
La suite est moins aventureuse, quoique :
rencontres à l'Institut Français (merci Jojo !),
hammam à côté du Palais Royal,
courses dans la médina...
On se prépare à rentrer, la tête pleine d'idées et de promesses de retour (inch allah...)
On vous racontera...
En attendant on vous envoie du soleil mouillé...
de notre reporter spécial attaché à la ceinture de sécurité à 10 à l'heure dans la neige,
Marion
18 février 2009, Maure de Bretagne...
(le ciel est blanc, c'est plutôt du beau temps d'ailleurs, puisque juste derrière le soleil se laisse deviner en subtils interstices temporels...)
Nous sommes donc restés à Rabat plus de temps que prévu,
les fortes pluies bloquant les routes vers le nord,
le vent et les eaux empêchant les bateaux de faire la liaison entre Tanger et Tarifa...
Drôle de pause forcée quand on revient du pays berbère,
dans cette ville de Rabat-la-royale :
murs blancs et palmiers hautains,
rues larges et voitures cossues,
taxis bleus et taxis blancs,
parlement et policiers en tenue de cosaques,
manifestations tous les jours pour la Palestine,
camionnettes blindées anti-émeute,
égouts déversés dans la mer et poubelles pleines à craquer,
vidées trois fois par jour par les gens de la rue,
vidées une fois par nuit par les éboueurs,
grand luxe des quartiers des ambassadeurs,
grande pauvreté des quartiers pauvres de Salé la blanche,
grande production agricole dans les alentours,
médina des Oudayas, ruelles 2 mètres de large,
bleues et blanches en labyrinthe,
jardin andalou et cimetière à flanc de falaise,
ils regardent la mer,
Soumya la Douce et Mohammed le Grand,
constructrice de marionnettes géantes et constructeur de spectacles,
la première compagnie de rue conventionnée du Maroc,
qui travaille dans les quartiers populaires,
pluie, pluie, vent, pluie, soleil,
inondations et maisons effondrées dans le pays,
vent, pluie, vent, soleil, pluie,
arc-en-ciel à travers les arcades de la banque royale,
vent sur la mer et port infranchissable...
Finalement une ville soit tu y passes, soit tu y restes un peu plus longtemps pour faire des choses avec les gens...
Nous étions coincés entre ces deux postures, à attendre que le temps se débloque pour rentrer chez nous,
alors nous avons un peu dépassé le statut de visiteurs pour envisager les choses qu'on pourrait y faire si on restait un peu plus longtemps...
Cela nous a valu de chouettes rencontres, qui effectivement devraient se concrétiser par un retour à Rabat dès l'été prochain...
Bref, le retour à l'urbanité nous a préparés, mine de rien, à rentrer en Europe,
et surtout à l'idée de se remettre à travailler à l'européenne,
donc avec un téléphone,
donc avec internet,
donc avec des rendez-vous et des chaussures de ville,
donc avec un stylo à faire des compte-rendus,
donc avec des mots précis pour des concepts vagues (ou est-ce l'inverse?)...
Nous voilà aujourd'hui en la verte bretagne,
il fait froid et n ous avons la chance ultime de vivre dans un endroit calme et retiré de l'agitation occidentale,
entourés d'amis que nous avons choisis pour voisins,
ça permet d'atterrir en douceur...
Orgie de fromages et vague à l'âme,
du feu dans le poële et réfléchir à la suite...
On vous tiendra au courant !
D'ici là on vous salam aleikoum,
et bon vent !
(Ceci est la dernière lettre de voyage,
mais le site internet continue de vivre,
il n'en est qu'au début, plein d'idées sont en germe,
alors venez y faire un tour régulièrement, c'est jamais pareil !)



L'Escargot Migrateur