2009/2010
Retour sur un voyage artistique de la Bretagne au Maroc
Nous étions partis les pieds lourds du travail d'une année,
lourds de doutes et de questionnements,
mais malgré tout emplis d'envies,
d'aller nous frotter aux yeux des Andalous, puis aux yeux des Amazigh,
d'aller leur offrir notre travail d'un an...
Pendant toute cette année,
Nous avions tenté de garder le souffle du vent du désert dans nos cheveux,
pour réchauffer nos âmes lors des errements de mise en scène,
nous avions patiemment fait infuser la douceur des chants offerts par les amis de la vallée des roses,
nous avions écrit
effacé
réécrit
raturé
recommencé
laissé tomber
et récrit encore
le synopsis,
les didascalies
les dialogues
la scénographie...
Nous avions
découpé le carton,
poncé le bois,
pré-peint les panneaux,
collé le papier,
vitrifié les marionnettes,
décollé le papier,
percé le métal,
monté des rallonges,
cousu sur nos mains,
monté, démonté, monté, démonté, monté, démonté,
monté le décor,
pour l'apprivoiser,
jamais tout à fait...
Bref, nous avions connu les affres de la création
comme tout le monde,
et la répétition publique du mois d'octobre nous a laissés
tellement angoissés et dépités
que nous avions failli annuler le voyage...
Heureusement, un reste de poussières d'Atlas, mêlées à la brume bretonne,
nous ont poussés à ne pas tout lâcher d'un coup,
et une bonne fée a bien voulu se pencher sur le berceau de notre nouveau-né dépenaillé,
pour le transformer en spectacle tout frais
prêt à partir en tournée à l'étranger...
Et voilà le camion qui mange le bitume,
à 40 à l'heure dans les côtes on est vraiment des escargots,
mais à 100 dans les descentes on a quand même senti pousser nos ailes !
Et voilà les ailes qui s'ouvrent sur la scène, d'abord timidement, avec les enfants, et surtout les adolescents andalous,
cris de joie et séance d'autographes dans une salle immense, à balconnets et moquette rouges,
au milieu du pays des serres à tomates qui à perte de vue étalent leur blancheur pour faire la nique à la Méditerranée.
au milieu aussi des champs d'oliviers, 40 000 en un seul regard d'après notre capitaine de voyage (4 ans et 24 dents)
au milieu encore du ventre de Granada, volutes maures d'Al-Andalus et chants gitans de Navidad...
Et voilà des ailes qui se déploient devant des centaines de femmes et d'hommes libres,
Amazigh du coeur de l'Atlas,
qui nous enroulent de chaleur de rires de mains qui claquent de mots qui décollent,
ambiance de match où tout le monde est vainqueur,
et les yeux qui rigolent encore en venant te serrer la main.
Ils nous ont portés bien au-delà de nos doutes.
Et leurs rires à eux seuls valaient dix fois les douleurs et les rages de nos errements de comédiens.
Elles sont restées ouvertes grâce à eux nos ailes,
et nous avons volé de Marrakech à Rabat à Salé, Kénitra, Salah al Jadida,
pour une dizaine de représentations (merci l'institut français !) devant un public beaucoup plus calme,
plus proche de nos habitudes françaises,
(encore que...la différence est grande entre le centre de la capitale capitonnée,
et les quartiers de la grande banlieue où la salle de spectacle ne sert pas si souvent...)
Et, comme des migrateurs novices, nous sommes revenus un peu en arrière,
rechercher une saveur amazigh avant de rentrer vers le nord,
et avons découvert Demnate, aux portes de l'Atlas,
rencontre merveilleuse d'érudits bavards et de chanteurs gnaouas,
incroyables nuits étoilées,
promesses de retours et de travail au long cours ensemble...
On pourrait faire une liste longue comme le chemin qui chemine
de toutes ces mains tendues pour nous faire grandir,
d'Ismaïl à Abdu en passant par Hicham, Maud, Sylvain, Zora, Mustapha, Larbi, Hassan, Turia, FX, Mouna, et Pipo et Marie et Juan,
on vous l'épargnera,
ne serait-ce que pour la garder secrète comme un trésor caché au fond de nos rêves.
En attendant on se remet, on se retape de cette longue route
et de ce retour si claquant, de froid, de dureté, et de clinquant,
on se réchauffe auprès des amis qui n'ont pas congelé leur coeur malgré les rigueur de cet hiver,
et on songe à la suite...
L'Escargot Migrateur